Lettre patriarcale aux clercs et aux fidèles de l’Exarchat

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(source: http://www.exarchat.eu/spip.php?article1543)

Votre Éminence archevêque Job de Telmessos, frère bien aimé en l’Esprit Saint et concélébrant de notre humble personne, Exarque des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale relevant du très saint Trône œcuménique, très pieux clercs et diacres, honorables dignitaires et tous les chrétiens bénis de cet Exarchat patriarcal, que la grâce et la paix de Dieu soient avec vous, ainsi que notre prière et bénédiction.

L’amour indissociablement lié à la sollicitude incombant à l’Église Mère envers l’Exarchat des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale dépendant d’elle fut de tout temps maternel, sincère et bénéfique. C’est pourquoi, elle entoure de grands égards, non seulement le rayonnement spirituel de celui-ci dans la chrétienté de l’Occident, mais aussi les spécificités de sa vie liturgique, telles qu’elles sont définies dans les statuts dudit Exarchat du Patriarcat œcuménique, toujours dans le cadre de la tradition canonique séculaire de l’Église orthodoxe. Ainsi, pour sa part, l’amour élargit la portée de la sollicitude incombant à la sainte Grande Église du Christ concernant l’organisation et le fonctionnement, harmonieux et régis par le canon, de son corps ecclésial, alors que la sollicitude confirme l’ampleur de l’amour maternel.

C’est dans cet esprit qu’a été lue, comprise et interprétée la lettre émanant d’éminents membres du corps de l’Exarchat, adressée à notre humble personne et au Saint-Synode qui nous entoure. On y exprime le désaccord, voire l’amertume à propos de certaines interventions du Saint-Synode dans la liste de trois candidats proposés à l’Assemblée générale de l’Exarchat, c’est-à-dire le fait d’avoir remplacé deux des trois candidats proposés. Il est évident qu’au cours des discussions, des promesses avaient effectivement été données oralement, concernant le respect des propositions émanant de l’Exarchat. Il est de même vrai que le Saint-Synode a substitué deux autres noms aux noms des deux candidats proposés. C’est pourquoi, l’amertume exprimée dans votre lettre pourrait être qualifiée de compréhensiblevoire de justifiée. Aux termes de celle-ci : « Comme personnes, mais surtout comme communautés, nous nous sommes trouvés humiliés, réduits à une humilité factice », car la décision « de rejeter deux des trois candidats initiaux, nous a profondément choqués tant au fond que par la forme ».

Toutefois, la méfiance inconsidérément formulée dans la lettre sous forme de question, concernant l’intention supposée du Saint-Synode, est évidemment injuste et totalement erronée ; comme vous l’écrivez : « Comment ne pas penser que la substitution de deux noms inconnus à ceux de candidats que nous connaissions visait à nous faire voter majoritairement pour le seul candidat connu restant ? »Cette méfiance est manifestement injuste, car elle inscrit inconsidérément le rôle responsable du Patriarcat œcuménique dans les courants internes opposant des membres de l’Assemblée générale de l’Exarchat concernant les personnes des trois candidats. Elle est, d’autre part, erronée, car le Saint-Synode a, de par les statuts, le droit canonique de choisir ipso jure, un des trois candidats, parmi lesquels figurait aussi le nom de l’élu, c’est-à-dire aussi bien parmi les deux autres candidats proposés par vous, que parmi ceux qui y ont été remplacés par décision de notre Saint-Synode.

Dès lors, dans la lettre, il est souligné à bon escient que pour choisir l’Exarque élu, il n’était pas nécessaire de remplacer les deux autres candidats. C’est pourquoi on y signale correctement comme allant de soi : « Le Saint-Synode aurait pu, nous ne le dirons jamais assez, reconnaître leurs vertus [des trois candidats], mais élire le candidat de son choix, en ne suivant pas forcément la proposition qu’aurait fait notre Assemblée diocésaine. » Par conséquent, cette question pourrait en l’occurrence être posée, et les signataires de la lettre pourraient y répondre, de façon à prévenir ou éviter les griefs non fondés qui y sont exprimés concernant la décision du Saint-Synode, selon lesquels, comme ses rédacteurs l’affirment : « […] nous croyons avoir non seulement subi une injustice, mais aussi avoir entraîné dans la détresse trois dignes Archimandrites de l’Église du Christ […] Tous trois, nous continuerons de le penser, avaient les qualités requises pour être reconnus, à tout le moins, comme éligibles à la fonction épiscopale. »

L’avis que les trois archimandrites proposés « avaient les qualités requises […] à la fonction épiscopale » est manifestement pertinent, mais il incombait au Saint-Synode d’examiner aussi la question de savoir si les trois candidats proposés répondaient aux critères canoniques établis ou aux qualifications de forme pour être éligibles dans l’Exarchat en question, même si, bien sûr, tous les trois disposent des qualités de fond pour être promus au rang épiscopal, ces dernières n’étant nullement contestées par Saint-Synode. Or, si les rédacteurs de la lettre se posaient eux-mêmes aussi cette question et s’efforçaient d’y répondre, ils pourraient mieux comprendre que la décision du Saint-Synode, loin d’être partiale, ce qui serait absurde même admis comme hypothèse, est au contraire dictée par son devoir, conformément aux principes fondamentaux, tout à la fois de la tradition canonique orthodoxe et des statuts de l’Exarchat.

Toutefois, étant donné que les rédacteurs de la lettre se sont aussi livrés à l’examen de la décision du Saint-Synode dans l’optique des critères impératifs de canonicitédes procédures [d’élection] archiépiscopale de l’Exarchat patriarcal, nous considérons utile d’apporter les précisions suivantes, afin d’éviter des méprises peu souhaitables et quoi qu’il en soit dépourvues de fondement dans la façon d’interpréter la décision synodale, d’une part, afin de préserver, d’autre part, la cohésion spirituelle du corps ecclésial de l’Exarchat.

Premièrement, le statut ecclésiastique de l’Exarchat du Patriarcat œcuménique précise, sur la base de la tradition canonique orthodoxe, de façon claire, impérative et nécessaire, les limites canoniques d’éligibilité des candidats proposés. Ainsi, l’acceptation éventuelle par le Saint-Synode de la candidature de l’un des trois postulants était impossible du point de vue canonique pour deux raisons : d’une part, celui-ci ne relevait pas de la juridiction canonique du Patriarcat œcuménique ; d’autre part, il ne possédait pas de lettre dimissoriale délivrée par l’Église orthodoxe dont il relève. C’est pourquoi ne fût-ce que l’acceptation de sa candidature, même sans perspective d’élection, serait manifestement un acte contraire aux canons, susceptible de provoquer en soi une confusion de juridictions. Par conséquent, l’irrecevabilité de sa candidature était dictée par canon de l’Église et sans aucune référence à la personne du candidat, par ailleurs très estimé par l’Église Mère. C’est pourquoi, elle est sans rapport avec une disposition, quelle qu’elle soit, d’examiner la valeur ou de rabaisser la personne du candidat.

Deuxièmement, l’Exarchat a pour objet, selon l’article 1 des statuts, d’une part, d’assurer « l’exercice et la coordination du culte rigoureusement conforme au rite orthodoxe gréco-russe » et, d’autre part, d’assurer que toutes les communautés ou associations adhérentes seront régies « dans leur vie liturgique, pastorale, canonique et spirituelle par les règles de l’Église orthodoxe suivant la tradition russe, telles qu’elles sont contenues dans le recueil des canons des Saints Apôtres, des Saints Conciles œcuméniques, des Conciles locaux et des Pères de l’Église ». Dans ce sens, les fonctions polyvalentes d’Exarque requièrent manifestement, d’une part, que les candidats au rang d’Exarque possèdent une éducation théologique de hautniveau présupposant au moins une licence conférée par une Faculté de théologie, d’autre part, la profonde connaissance des éléments propres au rite cultuel russe présupposant au moins une bonne maîtrise de la langue russe. Or, le deuxième des candidats proposés n’était pas éligible du fait de ne pas avoir de licence conférée par une Faculté de théologie, comme cela est établi à l’échelon panorthodoxe. En outre, le fait de recevoir sa candidature à l’Exarchat patriarcal serait s’écarter, de surcroît sans raison impérative, de la tradition afférente du Trône œcuménique, puisque l’un des trois candidats que vous avez proposés remplissait entièrement toutes les conditions susmentionnées et c’est pourquoi, il a été élu par le Saint-Synode.

Or, le Saint-Synode a manifestement envisagé les implications canoniques éventuelles de sa décision, au cours de sa délibération où ces aspects ont été signalés. Certes, ces questions n’avaient pas été évoquées lors des échanges oraux. Il était pourtant impossible de les ignorer au cours de la procédure canonique de prise de la décision définitive, la supériorité de l’un des candidats audit Exarchat étant évidente. Par conséquent, nous considérons la décision prise comme exprimant véritablement le lien harmonieux unissant l’amour maternel et la responsabilité spirituelle de l’Église Mère, tant à l’égard de l’Exarchat patriarcal que de la mission spirituelle spécifique de celui-ci dans les relations interorthodoxes et interecclésiales. Ainsi, nous répondons volontiers à votre demande justifiée de fournir certaines précisions concernant la décision synodale de remplacer deux des trois candidats proposés ; ceci, afin de désamorcer les tensions négatives causées par les interprétations subjectives dont elle a fait l’objet, comme il ressort de votre requête : « C’est avec une grande humilité et une audace filiale que nous vous prions de nous adresser une parole de consolation, en réponse à l’angoisse qui nous étreint aujourd’hui, afin que nous puissions entamer, avec plus de confiance, le processus de reconstruction de notre conscience ecclésiale ébranlée. »

Par conséquent, la décision synodale est associée à la responsabilité canoniqueincombant à l’Église Mère. Ce lien garantit le respect rigoureux de la discipline canonique dans les relations interorthodoxes, discipline d’autant plus valable s’agissant des Diocèses métropolitains et des Exarchats relevant de sa juridiction spirituelle. La décision synodale n’est donc certes pas à associer aux personnes concrètes des candidats proposés qui jouissent de l’estime de l’Église. Nous avons considéré qu’il nous incombait d’expliquer la décision, la levée des méprises malencontreusement créées s’inscrivant dans le contexte de la sollicitude pastorale de l’Église Mère et en vue de renforcer la cohésion interne du corps ecclésial de l’Exarchat patriarcal. Par conséquent, nous vous exhortons tous paternellement, en vous hissant au-dessus des sympathies ou des antipathies personnelles, de préserver infrangible et inébranlable l’unité du corps ecclésial de l’Exarchat dans la communion de la foi léguée et dans le lien de l’amour, conformément à la prière sacerdotale de notre Seigneur Jésus Christ qui, par sa divine incarnation, assuma la chair de l’Église : « Que tous soient un ».

Sur ce, priant pour que tous, engagés aux côtés de votre nouvel Archevêque et Exarque, vous persévériez pacifiquement dans votre vie ecclésiale et votre témoignage orthodoxe en Europe occidentale où vous vivez et agissez, nous invoquons sur vous la grâce et l’infinie miséricorde de notre Seigneur et Dieu Jésus Christ.

Le 30 mai 2014.

+ Bartholomaios de Constantinople,

frère en Christ et fervent intercesseur auprès de Dieu

 

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